L’exercice de la fonction de bourgmestre est une charge exigeante ; elle l’est plus encore à Anderlecht ces dernières semaines. La présence croissante de squats et de campements de fortune suscite l’inquiétude légitime de riverains excédés par des troubles de voisinage persistants. Cette explosion sans précédent de la grande précarité me contraint, en tant que bourgmestre progressiste, à ordonner des expulsions de lieux privés occupés illégalement ou le démantèlement de tentes installées sous les ponts et dans nos parcs.
Le refus des « territoires sacrifiés »
Ce renvoi systématique de phénomènes sociaux complexes vers les seuls pouvoirs locaux est insupportable. Les communes sont, par définition, démunies de solutions de relogement structurelles. Ce désengagement des autorités supérieures masque une absence totale de stratégie à l’échelle la plus large.
Pourquoi les « charges sociales » ne sont-elles pas réparties équitablement entre toutes les communes bruxelloises et entre les trois Régions du pays ?
L’absence de politique de terrain articulée sur une prise en charge individuelle condamne ces personnes en errance à échouer systématiquement dans les quartiers proches des gares. Ces zones cumulent déjà d’immenses défis socio-économiques et une pression constante sur les services publics. Ce cynisme politique, qui mise sur la concentration des difficultés dans un nombre restreint de quartiers, semble arranger beaucoup de monde… sauf les riverains de ces « territoires sacrifiés » et les services locaux (police, administration communale et CPAS) qui s’épuisent à gérer l’ingérable.
Des décisions difficiles, mais assumées
En conséquence, j’assume pleinement mes décisions récentes visant à réduire de près de 200 lits la capacité d’accueil des centres à Cureghem (Samu Social et BelRefugees). J’assume également les arrêtés d’expulsion de squats où s’entassent des familles et des nourrissons dans des conditions d’hygiène infâmes. Ma responsabilité est de protéger la dignité humaine et la sécurité publique, pas d’avaliser l’indigne.
Un appel au sursaut démocratique
Comme bourgmestre progressiste, je tire aujourd’hui la sonnette d’alarme. Sans une mobilisation générale qui dépasse les petits jeux politiques, nous irons à l’implosion.
J’en appelle solennellement à un sursaut démocratique comprenant :
- Un Plan Gares ambitieux : le gouvernement bruxellois doit proposer des mesures concrètes et financées dans les prochaines semaines incorporant les quartiers populaires proches de ces gares.
- Une lutte frontale contre le mal-logement : pour sortir du cycle des squats il nous faut plus de moyens.
- Le combat contre les économies clandestines : ce ne sont que le paravent de la traite des êtres humains. Les dispositifs en gestation doivent s’accompagner de soutiens administratifs pour être efficaces.
- Un dispositif sanitaire d’envergure : pour la prise en charge des usagers de drogues dures qui stagnent dans nos rues la coordination renforcée du réseau de professionnels est urgente.
Je reste convaincu qu’il est possible, ensemble, de relever ces défis. Nos quartiers anciens, où vit la jeunesse qui fera la société de demain, méritent mieux que l’abandon. Ils méritent des perspectives et le respect de l’État dans toutes ses composantes.
Fabrice CUMPS
Bourgmestre d’Anderlecht